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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /2008 20:40
Interview d'Annick dans le magazine "Le Masculin Moderne".
Annick TERWAGNE, pastelliste de la féminité

Femme artiste et d'abord femme.

Elle se dévoile dans cette interview réalisée par le magazine « Le Masculin Moderne ». lemasculinmoderne

Bonjour Annick, peux-tu en deux mots te présenter ?

Je suis née à Charleroi (Belgique) le 28 avril 1956. Je suis mariée et l’heureuse maman de deux jeunes filles, Soumina et Coralline. Dans ma vie professionnelle, je suis employée administrative dans une institution hospitalière de Charleroi.
Mais, tu es surtout connue en tant que pastelliste de la féminité et sculptrice ?
Sans oublier que j’étais, avant tout modèle.
En 1986, j’ai rencontré le photographe belge, Jean-François COLLIGNON qui m’a fait découvrir la photographie, de l'autre côté de l’objectif, en qualité de modèle.
Un monde merveilleux, hors du commun, s’ouvrait alors à moi.

Ce n’est qu’en 2001, que je me suis lancée à la découverte du dessin et de la peinture.
Elève occasionnelle de l'Académie des Beaux-arts de Charleroi, j’ai découvert les joies du travail sur modèle vivant, conjugué au féminin. J'y ai appris différentes techniques allant du dessin au crayon, au fusain, voire au pastel pour me lancer ensuite dans la peinture, entre autres, sur papier peint.

Un matin de printemps, en 2002, je me trouvais en mon atelier privé devant un bloc de terre. Mes mains se sont mises à pétrir la terre pour lentement voir apparaître la sculpture d'une femme nue, assise.

Depuis, j'alterne le dessin au pastel et la sculpture en y apportant toute ma sensibilité féminine pour représenter la femme dans sa simple et noble volupté. Et je continue à poser pour différents artistes dans divers registres. C’est ainsi qu’au-delà de la photographie, j’ai expérimenté le body-painting et le moulage sur corps.

Tu soulignes, à juste titre, que tu es aussi modèle. A la vision de ton site, pratiquement toujours nue. Pourquoi ?

C’est une très longue histoire. Lorsque j’ai rencontré le photographe Jean-François COLLIGNON, qui est devenu depuis, mon époux, je rêvais de posséder des photographies de moi, nue. Je pense que c’est le rêve de beaucoup de femme. Mais, du rêve à la réalité, il y a un énorme fossé. Qu’il faut oser franchir.

J’en ris aujourd’hui mais le jour où j’ai essayé pour la première fois de poser nue, je n’en menais pas large et ne suis pas allée plus loin que d’oser, le mot est faible, dévoiler un timide sein. Le temps a fait son œuvre et pendant des années, j’ai posé nue pour mon photographe maison. Ce que je fais encore du haut de mes 51 ans.

Tu ne poses que pour lui ?

Non. C’est une autre histoire. Comme beaucoup de personnes, je me faisais un monde de préjugés sur la pose nue, encore plus en studio. De ce relationnel intime, duel et privé.
Un jour, j’ai dit à mon époux que je voulais poser nue en studio pour un autre photographe que lui. Je fus surprise de l’entendre me répondre : qu’est-ce qui t’en empêche ?
C’est ainsi que le 10 mai 2003, à l’âge de 47 ans, je me suis retrouvée à Paris dans le studio du photographe français Patrick WECKSTEEN.

Quel souvenir en gardes-tu ?

Intarissable ! Je me suis rendue compte que les préjugés étaient de véritables verrous à l’épanouissement, à l’émancipation. Des idées préconçues, inutiles souvent fausses. Cette première séance a changé ma vie, ma vision des choses. Trois heures de pur bonheur, de convivialité, de complicité, de convenance avec, en prime, 250 photographies de toute beauté.

Et depuis ?

J’ai posé pour plusieurs photographes dont Alexandre MALLER à Paris, Jacques LEINNE à Saint-Ghislain, RICKWILLS à Bruxelles qui m’a fait découvrir le fétichisme photographique, Jean-François LEFRANC qui ne me trouvait ni assez maigre, ni assez grosse à son goût et dernièrement pour Virginie VANOS et Pascal HUMEZ.

Tu ne poses que nue ?

Oui. C’est ce que je voulais lorsque j’ai commencé à poser en 1986. Et lorsque j’ai commencé à poser pour d’autres photographes, je ne voulais rien d’autre que de poser nue car je trouve cela valorisant. Et le relationnel est différent parce que j’ai toujours rencontré des photographes respectueux. Ils ont chacun leur style, leur façon de travailler. Ils sont tous devenus des amis, au vrai sens du terme.

Tu ne poses que pour des photographes ?

Non. J’avais d’autres rêves et je les ai réalisés grâce à deux personnes : Robert MARCHAL et Joe DETIEGE. Le premier m’a fait découvrir le body-painting intégral, le deuxième, le moulage sur corps. J’invite toutes celles qui désirent découvrir ces registres, à le faire car c’est fantastique.

Sur ton site, nous pouvons te voir régulièrement dessiner ou sculpter nue. Je me posais une question : est-ce que tes réalisations sont toujours faites alors que tu es nue? Cette nudité a-t-elle un rapport direct avec ton travail ?

Oui, mes réalisations sont toujours faites alors que je suis nue ou presque.
Mon travail est-il en rapport avec ma nudité ? Indirectement.

En effet, je suis naturiste (ce qui représente plus de valeurs que le nudisme) et, en ma maison, comme dans mon atelier, je vis pratiquement toujours nue. Eté comme hiver et cela depuis plus de 20 ans. Cela me procure un bien-être intérieur certain, un réel sentiment de liberté.

Lorsque je me suis mise au dessin et à la sculpture, c’est tout naturellement que j’ai pris le thème de la femme nue comme expression artistique. Il ne m’est jamais venu à l’idée de travailler sur un autre thème. La femme est ma source d’inspiration.

Peut-être parce qu’aussi, j’étais modèle, nue, depuis des années et que je continuais, dans le même temps à travailler en ce registre pour différents artistes, comme mon site le décrit.
Mon bien-être intérieur et mon sentiment de liberté ont, certainement, une influence directe sur mon travail.

Ma nudité n’est donc pas une « provocation » artistique, comme certaines personnes me l’écrivent, mais simplement un art de vivre qui se reflète dans mon travail artistique.
Et les photographies de mon site ne sont là que pour montrer cette corrélation entre les deux.

Sans oublier, qu’au travers mon site, je désire, faire comprendre aux dames qui le visitent, que l’âge n’est pas un critère d’effacement de soi. Mais peut être source d’épanouissement. A 50 ans, je réalisais un vieux rêve : réaliser un moulage complet du corps. Un an auparavant, je réalisais un autre rêve : réaliser un body-painting intégral.

Comme quoi, vivre de soi est possible, à n’importe quel âge. A condition de le vouloir et de se sentir soutenue. J’ai cette chance, mes photographies au travail sont réalisées par mon mari.

Tu ne dessines qu’au pastel ?

Oui. J’ai essayé le crayon en mes débuts, ensuite la gouache sur papier peint, le fusain, l’huile mais c’est le pastel qui m’apporte les plus belles sensations par les textures du papier mais surtout par le toucher de la matière. Ce sont les mêmes plaisirs que je retrouve avec la terre lorsque je sculpte. Le crayon et le pinceau ne m’apportent pas ces émotions.

Beaucoup d’expositions à ton palmarès dont la première s’intitulait Intimerrance, comme un de tes autres sites ? Qu’est-ce que se cache derrière ce joli mot Intimerrance ?

Rien d’autre qu’une errance intime donc, personnelle. La vie n’est-elle pas une errance continuelle dont nous sommes, au départ, les guides ?
C’est une joie d’être de pouvoir librement tracer son chemin. Pour une femme, c’est encore plus gratifiant.

Oui, mais derrière « intime » se cache la sexualité !

Certainement pas ! Comme poser nue ne fait pas de moi une catin. Comme être naturiste ne fait pas de moi une fille facile. D’ailleurs, pour faire simple, ma sexualité ne s’expose pas, ne s’extériorise pas, elle n’appartient qu’au cercle strictement privé du couple. Cela dit, tout est intime, en quelque sorte, dans la vie. C’est très intime les sensations que l’on ressent à regarder le soleil se coucher. Habillée ou nue. Les pensées qui vous traversent à ce moment là sont toutes personnelles.

Derrière le mot « intime » se cache tout simplement les mots « intérieurs, personnels ». Le droit de chacun de tracer sa route selon sa propre vision des choses. Pourquoi l’un veut devenir médecin, l’autre comédien, un autre journaliste ? Pourquoi certains aiment la mer, d’autres la montagne ?

Derrière le mot « intime » se cache certainement le droit à la différence, à la libre pensée, à la libre expression.

Personnellement, j’avais plein de rêves. Mais surtout devant moi, des montagnes aux sommets vertigineux. Ne croyez pas qu’il soit facile, au départ, de vivre nue, de poser nue, d’être, tout simplement soi-même en évoluant dans un monde hors du commun sans norme préétablie.

Ma première exposition « Intimerrance » voulait simplement montrer cet itinéraire qui n’avait aucune connotation sexuelle mais le reflet d’un parcours de vie. Parce que, pour moi, la nudité et la sexualité sont deux choses différentes.

Et demain ?

La vie continue. Avec Jean-François, je prépare une nouvelle exposition symbolique de notre vie : Toi et Moi. Trente cadres identiques alternant mes pastels et ses photographies. Deux années de préparation mais de moments de bonheur commun. Avec la joie de présenter, en invitée d’honneur, mon amie la sculptrice Béatrice DERIDIAUX. Ensuite, au fur et à mesure du voyage, ces invités seront toujours des ami(e)s artistes qui oeuvrent, comme nous, sur l’image de la féminité. Je pense, en autres, à mon ami le peintre bruxellois KAWES.

De nouveaux pastels ?

Oui. Je me suis attachée à ma passion du pastel blanc sur fond noir. Je présenterai, à cette occasion, dix nouveaux pastels. En abordant d’autres thèmes comme la pudeur, la genèse, l’académisme. Mais en restant dans le nu féminin.

Tu quittes l’érotisme que l’on trouve dans tes œuvres depuis le début ?

Certainement pas. L’érotisme est un sujet qui me passionne. Il me permet de démystifier les tabous, je dirai les hypocrisies, souvent les interdits qui polluent la vie.


Comme dans tes tableaux « La fille du Boudoir » ou plus symbolique « La Baigneuse » ?

« La Fille du Boudoir » symbolise le fantasme que ces femmes apportent aux hommes.
« La Baigneuse » symbolise le plaisir solitaire conjugué au féminin. Un tabou imbécile, à mes yeux. Mais d’autres tableaux abordent l’homosexualité féminine comme « Les marcheuses » ou dernièrement « Intimité féminine ». Des réalités de la vie que certains voudraient abolir. Au nom de quoi et à quel titre ? J’ai également abordé l’hétérosexualité à travers l’intimité du couple.

Ton tableau « Déchaînée » va dans ce sens ?

Oui, à bien des égards. Je l’ai réalisé pour l’offrir comme cadeau d’anniversaire à une amie artiste. Je trouvais qu’il lui collait à la peau. « Déchaînée » peut être compris de différentes façons. Le sens du droit à la liberté d’expression féminine sans censure ni préétabli. Le sens de l’énergie féminine. Ou comme un appel à double sens comme dans la chanson « déchaîne-moi ! » Je lui préfère le sens de la liberté d’être sans diktat d’autrui. Refuser les chaînes, c’est s’ouvrir librement vers le monde.

Pour faire comme dans une émission célèbre, y a-t-il une question que tu aurais aimé que je te pose ?

Non. Les réponses se trouvent dans mon intime errance. Je me suis posé beaucoup de questions, à longueur de vie. Ma joie est d’avoir pu aller chercher les réponses. Ce que je souhaite à tout un chacun même si je suis consciente que cela n’est, franchement, pas facile.

Le message que je voudrais faire passer à ce sujet, est qu’il ne faut pas, pour ce faire, se soucier de la pensée et du regard négatif, méprisant parfois des propos insultants des autres. Aujourd’hui, ma richesse émane du savoir acquit par l’expérience, par le vécu, par le franchissement de ces montagnes impressionnantes. Parce que, tout simplement, plutôt que de me complaire de préjugés, j’ai osé aller au-devant de moi, au-devant des autres.

Tu as une devise ?

Oui. Elle résume ma vie : Avant de dire que je n’aime pas, il faut que je goûte.
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